Le 23 octobre 2056 : Les appels à la désobéissance civique se multiplient.
De plus en plus de personnes, soutenues par nombre d’organisations non gouvernementales internationales, s’opposent à ce qu’ils appellent la tyrannie du « tout informé ». Deux groupes s’affrontent dans ce qui est avant tout un débat éthique, les NDOB (No Data On Board, prononcez « no dob’s ») s’opposent aux Enhanced People (EP, prononcez « hippy » !) qui, par contre, ne veulent mettre aucune limitation à l’application des technologies les plus avancées au corps de l’homme.
Seul point sur lequel ces deux mouvements se retrouvent : la protection des libertés individuelles. Les premiers refusent catégoriquement l’implant RFID humain (h-RFID). Ils s’opposent également aux RFID (Radio Frequency Identification) incorporées dans les objets de consommation courante. Ils se rendent dans des magasins peu informatisés et qui acceptent la monnaie fiduciaire. Pour les seconds, la protection de la vie privée et donc des données personnelles, passe par les réseaux alternatifs issus de la vieille communauté de développeurs sous LINUX. Les hackers devenant les garants de leurs libertés individuelles.
Dans les faits, peu de gens s’engagent pleinement dans l’une ou l’autre de ces voies. Un troisième groupe tire avantage de ce débat, les membres des communautés d’échange. L’argent y est aboli, tout est basé sur l’échange de services rendus. « L’unité de mesure du travail accompli est le grain de blé… le « liant » de ce système est la confiance mutuelle » disent les diffuseurs de cette pratique.
Le débat sur la généralisation du contrôle des individus par RFID reste d’actualité : des Parlements de différents pays préparent des législations tendant à normaliser l’usage des h-RFID.
Le 3 septembre 2057 : T’as pas cent balles ? Monnaie fiduciaire versus e-monnaie. Quelles sont les réalités qui se cachent derrière ce choc de civilisation ? Moneo, Clicpay, Digicash... tous ces noms font partie de notre quotidien, à la nuance près que "nous" ne concerne que des individus qui travaillent ou ceux qui ont encore leur place dans la vie active électronique. Imaginez cet enchaînement : licenciement, chômage longue durée, divorce, pension alimentaire, perte de logement, perte des droits AESCIS (Agence Européenne de Soutien et de Coopération Individuelle et Sociale), clôture de compte bancaire... Si la monnaie n’existe plus que sous sa forme électronique, comment fait notre quidam pour vivre ? Cet enchaînement dramatique pas si éloigné de la réalité, a le mérite d’attirer notre attention sur les réelles motivations de la dématérialisation de la monnaie. Historiquement, le « kidnapping » de l’argent par les gouvernants a commencé le jour où la monnaie n’a plus valu son poids de métal. C’est le jour où la monnaie est devenue effectivement fiduciaire, c’est-à-dire basée sur la foi de la valeur frappée sur ses faces. L’étape suivante fut le billet, puis la carte de crédit, et, aujourd’hui, la monnaie électronique. Sous les atours de la commodité électronique de cette dématérialisation qui nous est ventée, se cache une réalité bien plus concrète : ni la BCE, ni les banques nationales et encore moins les banques commerciales ne veulent continuer à payer le coût de la manutention de la monnaie fiduciaire. L’utilisation de robots dédiés n’y change rien. La première victime de la monnaie électronique sera le Compte Bancaire Universel. En effet, comment pourrait-on alimenter un compte bancaire si on perd tout contact avec la vie active électronique ? C’est, d’un coup de crayon « éradiquer » beaucoup de laissés-pour-compte !
Le 17 février 2059 : Monnaie fiduciaire électronique Malgré les dizaines de millions de manifestants sortis dans les rues du monde entier et malgre les avis défavorables émis par nombreuses instances gouvernementales ou non, religieuses, associatives et universitaires, cette décennie ou la suivante sonneront le glas de la monnaie fiduciaire conventionnelle, que l’on parle de pièces ou de billets, dans de nombreux états du monde. Il est à noter que les états qui se proposent de passer ce pas décisif possèdent des économies tertiaires et quaternaires. Seule source d’apaisement pour les populations les plus pauvres : la généralisation à l’échelle de la planète des "terminaux de transactions privées" (2TT, prononcez twoteepee), de la banque Indo-European - Shou Yen (IESY), héritière plus ou moins direct de la Grameen Bank, fondée par le Prix Nobel de la Paix 2006, le professeur Muhammad Yunus. Ne nécessitant aucune identification ou connexion sur les réseaux, ces terminaux permettent à leur possesseurs de réaliser toute sorte de transaction sans la moindre trace informatique, comme le permet la monnaie fiduciaire papier. Porte-monnaie éléctronique individuel, le 2TP reste anonyme dans la mesure où les transactions réalisées par son entremise restent inférieure à 3000 €. Cette limite suit les cours quand la transaction se fait en d’autres monnaies. La banque IESY a décidé d’appuyer le système de ses terminaux sur l’euro, monnaie qui a fait ses preuves de stabilités avec ses avantages et inconvénients que l’on connait. La EISY est devenue européenne en 2036 suite à une succession de rachats qui ont provoqué la dissolution de la Grameen Bank dans un conglomérat. Ce dernier à malgré tout su garder l’esprit du professeur Yunus. Le 2TP est une vraie réponse pour les plus démunis dans ce monde de plus en plus informatisé. Il suffit de se rendre dans une succursale EISY pour prendre possession de son terminal. La EISY se rémunère sur les micros crédits généralement "adossés" au 2TP. Que l’on soit laissé-pour-compte ou personne privée désirant tout simplement faire une transaction sous seing privé, le terminal propose une solution pratique bien que présentant aussi des désagréments. Si la IESY crée la monnaie fiduciaire électronique, elle qui devient le garant de la circulation de ces sommes d’argent. Premier risque pour cette institution. Les détarcteurs du systèmes, quand à eux, promettent le retour des trousseurs de bourses c’est à dire une recrudescence de la délinquence et autres vols à la tire liés aux terminaux 2TPP. La IESY promet d’augmenter les systèmes de sécurité en intérant des détections biométriques actives avec détection de biorythmes.
Le 16 novembre 2059 : Précurseurs ou iconoclastes ? Les Principautés d’Europe, ces micro états, héritiers des vieilles querelles qui ont ravagées l’Europe durant des siècles, ces micro-états enviés pour leurs régimes fiscaux qui restent avantageux malgré de longues et nombreuses négociations avec les organismes internationaux en vue de normaliser ce qui fut et reste des paradis fiscaux, s’engagent à pas résolus sur la voie de la monnaie toute électronique. Au cours des dernières années, Andorre, Monaco, Lichtenstein… ont toutes trois voté des lois qui annoncent une dématérialisation programmée et définitive de la monnaie fiduciaire. Cette démarche cherche, officiellement, à réduire le coût de la gestion de la monnaie physique (pièces, billets, chèques...) et à lutter contre les traffics de fausses monnaies. Officieusement, de nombreuses voix internationales qui s’élèvent contre ce projet, proclament que c’est, surtout, un moyen de contrôler des populations les plus modestes et, sous prétexte de lutter contre le travail au noir, asservir un peu plus le travail salarié.
Ces pays sont, d’une manière ou d’une autre, liés aux états européens. Monaco et Andorre ont, par exemple, des accords croisés de collaboration avec la France. Le président français est co-prince d’Andorre. Tous deux faisaient, jusqu’à ce jour, frapper leur monnaie en France... Ce qui fait dire aux opposants à la dématérialisation de la monnaie fiduciaire que les évolutions légales dans ces micro-états sont, en définitive, des laboratoires pour les grands pays tels que la France, l’Allemagne ou l’Angleterre... avec l’Europe et sa Commission, en embuscade. Selon ces opposants, la prochaine étape ne peut être que la dématérialisation de la monnaie fiduciaire dans toute l’Europe.
De nombreuses associations de consommateurs appuyées par la plupart des syndicats appellent à un débat citoyens sur la questions, ayant peur que la question ne soit réglée dans les couloirs feutrés des parlements nationaux ou ceux de l’Assemblée Européenne. La Commission Européenne, on le sais, s’étant déjà prononcée pour ce qu’elle appelle une "évolution normale des modes de consommation".
Un référendum d’initiative populaire est envisagé. Il faudra pour cela que les opposants à la monnaie toute électronique rassemblent, par voix de pétition, près de quatre millions de signatures de citoyens membres de l’Europe pour que ce référendum soit officiellement organisé et donc validé dans son contenu.
Le 7 décembre 2059 : Paradoxe financier
Comment justifier son opposition à la dématérialisation de la monnaie fiduciaire sans laisser entendre par là le recours au marché noir. C’est le paradoxe dans lequel se trouve l’European Business Union, le mouvement des entreprises européennes.
Le terme de marché noir englobe nombre de situations : travail au noir, pots de vin, blanchiment d’argent sale, caisses noirs... Tout ce que les entrepreneurs européens réprouvent devant les cameras mais qui, à n’en pas douter, fait partie des mœurs. Les transactions électroniques rendraient bien plus difficiles ces comportements répréhensibles.
Le lobby industriel s’organisent et se prépare à des rapprochements que certains qualifient d’ores et déjà de contre nature. Madame Helia Cirtakoskas, présidente de l’EBU, a annoncé qu’elle rencontrerai sous peu les syndicats à ce sujet en vue de lancer une consultation citoyenne sur l’opportunité de la dématérialisation de la monnaie fiduciaire appliquée à l’Europe.
Certains syndicats, et pas parmi les plus radicaux, ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à cette table ronde dénonçant une manipulation de l’EBU du patronnat européen. Ce à quoi Madame Cirtakoskas leur a répondu : "Vous n’avez pas le monopole de progrès social", singeant les propos de l’ancien président de la République Française, Valéry Giscard d’Estaing.
D’après une idée de Nicolas Bresset.
© Olivier Parent








