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LES DOSSIERS DE FUTURHEBDO #2 : Clone et humanité

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samedi 17 avril 2010, par Olivier Parent
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Une compilation des textes de FuturHebdo autour d’un même thème.

Le 18 décembre 2056 : Assurance crapuleuse. Ce qui se présente comme un des plus importants scandales de ces trente dernières années débute comme un fait divers. En 2049, Sophie épouse Pierre, issu d’un milieu modeste (les noms ont été changés), contre l’avis de sa famille (son père est haut fonctionnaire). La famille de Sophie rompt tous liens avec le jeune couple. Eté 50, Pierre décède d’un cancer foudroyant du foie : 6 semaines entre le dépistage et le décès. Sophie accouche trois mois plus tard. La mort de son mari faisant revenir sa famille, cela lui permet d’être hospitalisée d’urgence au Val de Grâce : la fin de sa grossesse nécessite un monitoring permanent. Printemps 2054, le même type de cancer que Pierre est dépisté chez l’enfant. Opéré en urgence d’une greffe du foie, il est sauvé. Sophie veut alors comprendre pourquoi Pierre n’a pu être également greffé. Commence une enquête qui durera deux ans. Dans un premier temps, Sophie découvre que la greffe qui sauva son fils est liée à une police d’assurance prise par le grand-père pour son petit-fils. Suivent des péripéties dignes d’une série B : violences, menaces… Sophie persévère, pressentant d’autres intentions derrière l’officielle philanthropie : à quoi servent les prélèvements effectués à la signature du contrat ? Seulement à s’assurer de la bonne santé du contractant ? Pourquoi cette police n’est proposée qu’à des parents pour un nouveau-né. Ce dont, aujourd’hui, la Justice s’est emparée, grâce à Sophie, dépasse l’entendement : les prélèvements servaient à créer un clone du même âge biologique que le contractant. Décérébré, le clone devenait banque d’organes permanente. Certains milieux tentent déjà de minimiser la portée réelle de l’affaire… L’actualité de l’ONU avec les débats sur l’humanité du clone de l’homme protège cette affaire de tout enfouissement.

Le 22 janvier 2057 : Le clone de l’homme est-il « humain » ? A New York, au siège da la division législative de l’ONU, débutent, aujourd’hui, des travaux préparatoires portant sur une énième tentative de législation au sujet de la question de l’humanité du clone de l’homme. Le moratoire international interdisant le clonage intégral d’un individu date de 2027. Ce moratoire fut signé dans l’urgence, en réaction aux scandales des sectes d’inspiration raëlienne. Ce qualificatif fait référence à Raël, Luc Varillon de son vrai nom, qui fût l’inspirateur d’une secte au XXe siècle. Cette secte attendait dans la ferveur le retour des Elohims, extraterrestres créateurs de l’homme par clonage. Cette secte revendiqua, en l’an 2000, le premier clonage humain en la personne d’Eve, la première femme clonée. Jamais aucun test ADN ne fut autorisé afin de confirmer cette affirmation. Dans les années 15-20, des sectes créèrent, dans le plus grand secret, des clones sur la base de tel ou tel gourou. Les clones étaient élevés comme des bêtes de somme tous à la merci du conditionnement de leurs créateurs. C’est l’évasion de l’un d’eux qui avait révélé l’ampleur de la pratique. A peine voté, le moratoire international avait été rapidement renforcé par des lois nationales très répressives. Certains présageaient que le débat sur l’humanité du clone de l’homme serait très controversé. Le moratoire repoussait ce débat sine die. Les actuels travaux préparatoires, demandés par l’Europe ou des pays comme Israël, la Libye, l’Egypte, le Canada, Cuba, le Mexique… tentent de poser objectivement la question de fond sur l’appartenance ou non du clone de l’homme à l’humanité. De nombreux juristes appellent à une législation rapide et claire : le vide juridique est flagrant. « Il faut finir le travail laissé en suspend depuis 23 ans ! » déclare le porte-parole du barreau de Paris.

Le 12 février 2057 : Fausses identités. Partout dans le monde, s’accumule un nouveau genre de dossiers sur les bureaux des secrétariats d’instruction judiciaire. Que se soient des employeurs, des clients ou même des époux, le nombre de plaintes pour falsification d’identité ne cesse de croître. Ces plaintes portent toutes sur les mêmes suspicions : la présence des clones dans la société. Malgré le moratoire qui interdit le clonage reproductif, le nombre de clones dans le monde ne cesse de s’accroître. Les clones issus des événements de 27 avaient donné le ton du comportement à tenir : se faire oublier. Cependant, on estime aujourd’hui le nombre de clones à 200 000, répartis sur l’ensemble de la planète. Le premier comportement du richissime illuminé qui se faisait cloner pour survivre à lui-même est « passé de mode ». Aujourd’hui, ce sont principalement des personnes seules, hommes ou femmes, qui font appel à des laboratoires clandestins afin obtenir une descendance par voie de clonage. Les actuels débats à l’ONU nous confirment que le droit international n’a pas anticipé l’arrivée des clones. Les procédures judiciaires qui se multiplient nous apprennent également que la société n’est pas prête à les accepter en son sein. Certains les appellent « mon enfant », d’autres ne voient en eux que des monstres ; l’époux qui divorce, la maman qui renvoie la nounou, la patiente qui refuse les soins de l’infirmier, le patron qui renvoie son collaborateur, tous ces refus ont les mêmes raisons : il existait un doute sur l’identité de la personne concernée. A chaque fois, les mêmes événements produisent les mêmes effets : des conversations et des confidences amènent le doute sur la naissance de l’individu et déclenchent la procédure. Un besoin de reconnaissance qui pousse les clones vers un suicide social.

Le 5 mars 2057 : Extraits des débats traitants de la question de l’humanité du clone de l’homme. Propos tenus le 6 novembre 2056, par le représentant du Conseil Planétaire des Confessions Théistes : « Le clonage thérapeutique et les travaux sur les cellules souches furent un fabuleux espoir pour l’Humanité. Mais il n’en reste pas moins que sous des devants acceptables, ces découvertes et protocoles mis au point furent, également, autant de marches prêtes à être parcourues par celui qui déciderait de procéder au clonage d’un individu. Dans la procréation hétérozygote, l’apport des patrimoines génétiques des deux parents intervient comme garde-fou à une appropriation excessive de l’enfant par l’un des deux parents. Et malgré cela, les exemples des parents développant des sentiments de possession très forts à l’égard de leur enfant ne manquent pas. Ces travers prenant la forme de comportements que l’on attendrait dirigés à l’égard des seuls objets(…) Ce ne sont pas certains assureurs qui pourront contredire cette affirmation, puisqu’ils le sous-entendent clairement par leurs actes : il n’y a pas de liberté du clone. Le clone appartient à l’original, pire, par contrat, au répliqueur ! Alors, en préambule de tout travail législatif qui pourrait être proposé à telle ou telle assemblée, ne faut-il pas tout simplement, avant même d’interdire le clonage reproductif, reconnaître la pleine humanité d’un individu conçu par voie de clonage, donc par conception « unizygote ». Mieux encore, pourquoi ne pas inclure, en préliminaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qu’est concerné par cette dite Déclaration tout individu humain déterminé par son patrimoine génétique identifié (nous partageons tous des bases génétiques), sans regard sur les moyens et techniques ayant présidés à sa conception ».

Le 20 août 2057 : Sortie attendue de « Void & Constitution ». Le dernier festival du film américain de Sundance nous a apporté son lot de surprises. Parmi les bonnes, on trouve le dernier film d’Adrian Wallace Cage, « Void & Constitution ». Il traite du clone de l’homme et de son existence légale malgré les déficits législatifs des droits internationaux aussi bien que nationaux. A travers l’ascension d’un candidat lancé à l’assaut de la présidence des USA, le film surfe sur les questions suscitées par les doutes sur l’identité réelle de ce candidat providentiel. La famille dans laquelle se déroule cette chronique d’une accession programmée, suggère le clan Bush, famille puissante au début du siècle. En effet, après George Bush, le père, président de 1989 à 1993, il y eut le fils, George W Bush, président de 2001 à 2009. Le film évoque aussi la famille Kennedy. Dans le film de Cage, l’enchaînement des présidences se fait avec une proximité de dates, permettant de laisser supposer que le candidat puisse être le fils du deuxième président de cette dynastie. Le film évite les pièges caricaturaux pour proposer une narration intelligente qui joue à plein sur nos ambiguïtés contemporaines, le tout servi par une lumière et une photographie contrastées au propre comme au figuré. Les paradoxes sociaux et tensions familiales permettent au réalisateur de traiter le problème de la présence du clone dans la société civile avec sensibilité. Les vides constitutionnels (d’où le titre) et législatifs demeurent en filigrane tout au long de la première partie du film pour ne prendre le devant de la scène qu’en réponse au désir d’humanité qu’exprime l’individu accusé d’être un « faussaire » de l’Humanité. Mais n’est-ce pas elle-même, cette humanité, qui a donné naissance à celui qui devient le bouc émissaire des peurs de nos sociétés modernes ?

Le 5 novembre 2057 : La mère, son sein et l’enfant Oscillant de plus ou moins 7,5 % sur une période d’une vingtaine d’années (pour ainsi dire une courte génération…), le taux d’allaitement au sein chez les jeunes mamans reste stable sur 100 ans. A noter un taux d’allaitement au sein plus fort chez les mères dont l’enfant à été conçu in vitro. Peut-être une volonté de re-naturaliser la relation mère-enfant marquée par une intervention médicale et mécanique très importante ? Ce sondage qui montre les aspirations « naturelles » des femmes en France n’en est pas moins incomplet. Pour rendre compte effectivement du taux d’allaitement au sein chez les jeunes mamans, il faudrait faire le même sondage en prenant en compte les mamans dont les enfants sont issus d’un clonage. La question étonne, dérange, car aucun chiffre n’existe sur cette population, pas plus que sur la population globale des clones. Les rares observations que l’on puisse avoir laisse apparaître une intimité très forte entre l’enfant et sa mère. Ces constats ont été faits lors de cas de délation ou de perquisition dans des cliniques clandestines qui permettent à des femmes d’enfanter par clonage. Certains observateurs de ces maternités hors-la-loi ont souvent rapporté des sentiments maternels manifestés de manière plus soutenue que dans le cas de maternités « normales ». D’autres spécialistes de la maternité ou de la périnatalité rappellent que dans la procréation hétérozygote, l’apport des patrimoines génétiques des deux parents intervient également comme garde-fou à une appropriation excessive d’un des deux parents dudit enfant. « Ces travers pourraient aller jusqu’à des comportements que l’on attendrait dirigés seulement vers des objets… » précise le porte-parole d’une association de psychanalystes opposée à la procréation par clonage.

Le 12 mars 2058 : Rancœur froide La cinquantaine de clones humains découverts, en 2027, dans les murs de trois sectes indépendantes, ont aujourd’hui entre 24 et 27 ans. La mise à jour de ceux qui n’étaient alors que des enfants avait, à l’époque, permis la mise en application de législations contre le clonage humain. Tous ces individus étaient issus des gènes de divers gourous. Sans vivre cachés, aujourd’hui, ils cherchent à préserver un certain anonymat. La plupart d’entre eux a subi des opérations de chirurgie esthétique afin d’altérer leur apparence, quand la ressemblance avec leur parent était trop flagrante. Quelques-uns se rassemblent pour tenter d’exorciser leurs origines. Ces réunions ont toujours lieu dans la plus grande discrétion. Une poignée d’entre eux se sont rassemblés afin d’attaquer, une nouvelle fois, en justice, les anciens responsables des sectes encore vivants. Ils sont, pour la plupart, toujours incarcérés, suite aux procès datant des années 30-35. Les « enfants des sectes », devenus adultes, revendiquent, désormais, le droit à un nouveau procès, cette fois pour crime contre l’humanité, ce changement de qualification étant indispensable à toute nouvelle procédure. L’annonce de la perspective d’un nouveau procès a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans un monde qui ne sait toujours pas quelle place donner aux clones. Nos sociétés vivent dans le déni total de cette question, bien que, chaque jour qui passe la rende un peu plus flagrante ; malgré l’absence de chiffres officiels, le nombre de naissances illégales issues de clonages ne cesse de croître, sur l’ensemble de la planète. En réponse au groupe attaquant les anciens gourous, un autre groupe de clones s’est constitué. Celui-ci s’engage, en cas de procès, à témoigner en faveur des accusés. Par une telle déclaration, ils espèrent dissuader leurs frères de destin de s’engager dans une procédure qu’ils jugent « contre nature ». « Ce n’est pas avec ce genre de procès que l’on fera avancer la cause des clones, dans le monde » a déclaré le porte-parole de ce groupe informel.

Le 29 septembre 2008 : Supermarché de la procréation Les techniques de procréation médicalement assistées ne manquent pas : de la fivette, avec ou sans location d’utérus, au don de sperme ou d’ovules en passant par toutes les variantes d’insémination artificielle, les futurs parents désirant une descendance n’ont que l’embarras du choix. De cet éventail on exclu bien sûr le clonage reproductif qui reste officiellement interdit sur l’ensemble de la planète. Dans un proche avenir, sera proposé aux couples désirant avoir un enfant une nouvelle technique qui aura la particularité de préserver intégralement le lien de filiation entre les deux parents et leur enfant. En effet dans le cas d’une procréation avec don de gamètes, l’un des deux parents se trouvait privé de filiation génétique. Ce lien demeure une valeur importante pour nombre de familles. Cette technique s’appelle la gamétogenèse. Elle consiste en la génération de gamètes, par voix de génie génétique, en utilisant les cellules souches du parent dont la fécondité est déficiente. Ainsi celui ou celle qui ne peut fournir de spermatozoïdes ou d’ovules se voit restituer dans son intégrité parentale. L’annonce de l’autorisation de l’utilisation de cette technique a également provoqué un frisson de satisfaction dans les milieux gays et lesbiens. En effet, ces couples, parmi lesquels on compte nombre de parents, ne pouvaient l’être que par voix d’adoption. Leur restait inaccessible le lien de parenté qui lie le couple hétérosexuel à son enfant. Grâce à la gamétogenèse, les gamètes « manquants » dans un couple homosexuel pourront être générés : spermatozoïdes chez un couple lesbien, ovule chez un couple gay. « Cette annonce est un nouveau pas sur le chemin de l’égalité de droits entre individus qu’ils soient hétéro ou homosexuels. Nous nous félicitons de cette avancée décisive que nous offre la science. Reste, pour les couples gays, la problématique de la location d’utérus que refusent certains ! » déclare le porte-parole du Conseil Européen de Surveillance des droits des minorités sexuelles.

© Olivier Parent

samedi 17 avril 2010, par Olivier Parent
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