Après Londres et Berlin, Paris applique des directives européennes d’urbanisation en en faisant paraître les décrets d’application, dans la dernière parution du Journal Officiel. Ces directives autorisent le morcellement des appartements des trois premiers étages des immeubles d’habitations en « cellules de vie ». Les Cellos, ces chambres standardisées, proposent à coût modique un logement décent à tout un chacun. Dix-neuf millions de personnes vivent en Ile de France. Les plans de décentralisation des activités professionnelles se sont accumulés au cours des années. Malgré cela, les gouvernements successifs n’ont jamais pu enrailler la concentration de ces activités dans le Paris intra-muros, au détriment de l’habitat des classes modestes et moyennes. Cette hémorragie qui touche Paris comme toutes les grandes capitales d’Europe est sensée être endiguée par ces directives dites « verticales ».
Il n’en demeure pas moins que ces réglementations sont très controversées et provoquent des réactions contrastées. Pour certains, indépendemment de la couleur politique, les Cellos permettent une sédentarisation facilité pour diverses populations. Cela va des noctambules, travaillant dans le quaternaire de l’Entertainment avec des revenus aisés et affichant des goûts très mobiles, aux milieux les plus modestes comme ceux que l’on appelaient, il y a peu encore, les SDF. Tous s’accommodent très bien de ces nouvelles solutions de vie, temporaires selon leurs propres paroles. A l’opposé, d’autres ne voient dans les cellules de vie qu’une institutionnalisation de la précarité. « On troque les libertés contre l’illusion d’un luxe facile et des leurres technologiques ! ».
Installées dans d’anciens appartements, les cellules standardisées s’empilent comme les rayons d’une ruche. D’une surface variable (de six à dix-huit mètres carrés) la qualité des services y est exceptionnelle : sanitaires intégrés, systèmes domotiques derniers cris, connexion Hypernet illimité... Beaucoup de célibataires préfèrent ce mode de vie aux vieux appartements parisiens. Les plus pauvres y trouvent aussi leur compte : selon les quartiers, le prix des plus petites cellules est très abordable.
Les propriétaires sont, eux aussi, satisfaits. Sous la pression des plans d’aide aux logements qui leur interdisaient la location à des entreprises, ils n’arrivaient plus, pour la plus part, à louer des appartements sombres, bruyants et insalubres. L’installation de cellules de vie ne les engage qu’à fournir une pièce commune, un grand hall d’entrée dans la plupart des cas. Reste à répondre à une question : Vivre en Cello, c’est de la précarité ou un nomadisme moderne ?
© Olivier Parent - prospective.lecomptoir2.pro








